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Attachée principale de recherche en éducation, QUESCREN
Lina est titulaire de deux maîtrises de l’Université Concordia : en Educational Studies (2020) et Media Studies (2007). Elle a travaillé dans le domaine de l’éducation pendant dix ans en tant que chargée de cours universitaires, éducatrice et tutrice pour des élèves du primaire et du secondaire, animatrice d’ateliers pour des apprenant.e.s adultes, chercheuse autonome et administratrice. Ses intérêts de recherche portent sur la littératie, l’éducation alternative et la dynamique culturelle du langage, en particulier dans le domaine de l’édition et du livre en tant qu’objet matériel.
30 juin 2026
L’avenir du système d’éducation québécois était au cœur d’un important forum public qui s’est déroulé à Montréal au début du mois de juin. Le Grand rendez-vous citoyen sur l’éducation, organisé par le mouvement citoyen Debout pour l’école, a mis en lumière une préoccupation croissante quant aux défis structurels auxquels le système d’éducation québécois fait face et à souligné la nécessité d’apporter des changements majeurs.
QUESCREN comptait parmi les organismes participants.
Les discussions s’appuyaient sur le document Pour une nouvelle « révolution tranquille » en éducation, livre blanc élaboré par Debout pour l’école à partir de consultations publiques et de travaux de recherche. Ce document définit quatre priorités : réduire les iniquités en matière d’éducation, assurer un financement adéquat de l’éducation publique, démocratiser la gouvernance scolaire et tenir des états généraux à l’échelle de la province sur l’avenir de l’éducation.
Un système d’éducation de plus en plus stratifié
Les personnes participantes ont fait remarquer que le système d’éducation québécois – en particulier le secteur francophone – était de plus en plus stratifié. Bon nombre d’entre elles ont évoqué une « école à trois vitesses », expression couramment utilisée dans le débat public québécois pour décrire le fossé grandissant entre les écoles publiques ordinaires, les écoles privées et les programmes sélectifs offerts dans les écoles publiques. Certaines personnes ont même suggéré qu’il serait plus juste de parler d’un système « à quatre vitesses » si l’on tient compte des programmes destinés aux élèves ayant des besoins particuliers.
En effet, plutôt que de fonctionner comme un système public commun, les écoles évoluent dans un environnement de plus en plus concurrentiel où les familles cherchent à accéder à des écoles et à des programmes sélectifs. Or, il est désormais largement établi que cette situation contribue à accentuer les inégalités dans le système scolaire : on constate des écarts socioéconomiques croissants entre les élèves d’une école à l’autre, et une pression accrue s’exerce sur le personnel enseignant (voir l’ouvrage récent Séparés mais égaux et le rapport Remettre le cap sur l’équité).
Au-delà des questions d’accès, les intervenant·e·s ont fait valoir que le problème touche au fondement de l’éducation publique. Les écoles déterminent non seulement ce que les élèves apprennent, mais influencent aussi la manière dont les jeunes contribuent à la société et interagissent avec leurs semblables. Dans cette optique, l’aggravation des disparités entre les écoles engendre des inégalités en matière de débouchés et mine la cohésion sociale.
Plusieurs participant·e·s ont évoqué la proposition du mouvement École ensemble sur la mise en place d’un réseau scolaire public commun, une autre initiative citoyenne, comme avenue possible vers un système plus équitable. Cette proposition prévoit l’établissement d’un réseau scolaire commun, financé par les fonds publics, offrant un accès gratuit et non sélectif. Dans le cadre de ce système, les écoles privées subventionnées auraient le choix de rejoindre le réseau en se soumettant à ces conditions ou de rester privées sans bénéficier de financement public.
Un nombre croissant de voix réclament des états généraux sur l’éducation
Les personnes participantes ont fait valoir que les décisions en matière d’éducation devraient être prises à l’issue d’un vaste débat public. Elles ont également souligné que les défis actuels sont trop complexes pour être abordés par des consultations isolées et qu’ils exigent une coordination à l’échelle de l’ensemble du système d’éducation.
Cette idée a d’ailleurs retenu l’attention des milieux politiques. Lors d’une table ronde réunissant des représentant·e·s du Parti québécois (PQ), de Québec solidaire et du Parti libéral du Québec (la Coalition Avenir Québec et le Parti conservateur du Québec ont décliné l’invitation), les trois partis ont exprimé leur appui à la tenue d’une consultation à l’échelle de la province. La représentante du PQ a déclaré que son parti lancerait un tel processus s’il était élu.
Les personnes participantes ont rappelé certaines des vastes consultations menées par le passé, notamment la Commission Parent, dans les années 1960, et les États généraux sur l’éducation, dans les années 1990. Ces initiatives sont considérées comme d’éloquents exemples de participation publique, mais bien des gens ont fait valoir que le contexte actuel, marqué par les changements technologiques et démographiques, la pénurie de personnel enseignant et l’évolution des besoins du marché du travail, nécessite un processus nouveau et adapté aux réalités d’aujourd’hui.
Certain·e·s intervenant·e·s ont soutenu que toute consultation future devait être inclusive, transparente et capable de traduire les recommandations en mesures politiques durables. En ce sens, l’appel actuel à la tenue d’états généraux reflète non seulement le souhait d’une nouvelle consultation, mais aussi celui d’une relation différente entre le dialogue public, la recherche, l’élaboration des politiques et la gouvernance en matière d’éducation.
Une gouvernance scolaire démocratique
Un autre thème récurrent a émergé de la rencontre : la gouvernance scolaire et la prise de décision locale. Les réformes récentes ont entraîné une centralisation de la prise de décision au sein du ministère de l’Éducation, réduisant ainsi l’autonomie des acteurs locaux et limitant la participation des familles et des communautés. Selon certains, cette approche descendante affaiblit les liens entre les établissements d’enseignement et les collectivités qu’ils servent.
Ces discussions mettent en lumière tant les différences que les points de convergence entre les secteurs francophone et anglophone de l’éducation. À la suite de l’adoption du projet de loi 40, en 2020, les commissions scolaires élues ont été remplacées par des centres de services scolaires dans le système francophone. Les commissions scolaires anglophones ont toutefois contesté avec succès cette réforme devant les tribunaux et continuent de fonctionner selon un modèle de gouvernance élue. Malgré ces différences, les deux secteurs ont des préoccupations communes quant à la manière de faire en sorte que le processus de prise de décision reste adapté aux besoins des communautés locales. Une comparaison de ces modèles de gouvernance pourrait permettre de mieux comprendre les différentes façons de favoriser la participation démocratique en matière d’éducation.
Importance pour l’enseignement en langue anglaise au Québec
Même si une grande partie des discussions menées à l’occasion de cet événement portait sur le secteur francophone ou sur le système d’éducation québécois dans son ensemble, bon nombre des enjeux soulevés concernent aussi directement le secteur anglophone.
Si les états généraux ont lieu, une importante participation du secteur anglophone sera essentielle. Sans cette contribution, les réformes proposées risquent de négliger les communautés minoritaires et les institutions qui les soutiennent.
Plus généralement, des échanges tels que ce rendez-vous citoyen offrent aux membres de la communauté anglophone de l’éducation la possibilité de participer de manière plus systématique aux débats provinciaux, de fournir des données issues de la recherche et des témoignages concrets, de formuler des enjeux communs avec leurs homologues francophones et de contribuer à faire en sorte que les politiques en matière d’éducation reflètent la diversité de la population québécoise. En ce sens, la participation ne se résume pas à une simple question de représentation, mais vise également à façonner l’avenir d’un système d’éducation commun.





